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Ma "virulence" selon le "Matin Dimanche"

Le Matin Dimanche du 22 mars consacre trois belles pages à l’initiative parlementaire contre l’homophobie et à son auteur, le socialiste valaisan Mathias Reynard. Au cours de l’interview, Fabian Muhieddine me place «parmi les plus virulents» détracteurs de cette initiative dans le débat au National. Sur quoi, hypocritement, Reynard renchérit: «Sa virulence m’a surpris».

En quoi tenait ma «virulence»? Je me suis contenté de monter en tribune pour poser une question à M. Reynard. La question que voici:

Monsieur Reynard, je vous ai bien entendu. Je fais moi-même partie d'un groupe social appelé UDC. Cela fait 16 ans que je suis systématiquement insulté, stigmatisé, discriminé et vilipendé. Est-ce que, au même titre que la norme pénale contre l'homophobie que vous proposez, vous seriez d'accord d'introduire une norme identique contre l'UDC-phobie?

On le voit donc: je n’ai pas prononcé un mot contre les intérêts des homosexuels. Si poser une telle question relève d’une surprenante virulence, c’est qu’il est tout simplement interdit de questionner l’opportunité de cette nouvelle norme et qu’on se trouve en plein climat de chasse aux sorcières. Or, l’expérience nous apprend que les décisions politiques les plus contestables sont toujours celles dont on défend a priori la contestation.

En effet, les homosexuels sont un groupe social parmi d’autres. Pourquoi ne pas étendre la loi anti-discrimination à tous les groupes qui se sentent stigmatisés de manière récurrente? Par exemple aux nains, aux blondes, aux paysans ou aux croyants catholiques? Quels critères objectifs — lobbying et « m’as-tu-vu-isme » mis à part — motivent le traitement privilégié d’un groupe par rapport aux autres? Quelle idée du bien commun peut-on encore défendre et imposer lorsqu’on admet que certains citoyens, uniquement en raison de leurs préférences sexuelles, ont droit à plus d’égards que d’autres?

Mais, au fait, la place extraordinaire accordée par le Matin Dimanche à la thématique homosexuelle ne révélerait-elle pas un conflit d’intérêts de la rédactrice en chef? Et si tel n’est pas le cas, Ariane Dayer offrira-t-elle une tribune équivalente à un adversaire de cette nouvelle norme pénale, comme Yves Nidegger ou moi-même?