FRONTIERES
Depuis mai 68, un mouvement, un projet, un empire : Faire tomber les frontières du réel. Totalement. A tout prix. Faire tomber les limites entre les êtres, humains ou non, les sexes, les âges, les classes, les nations, la conscience et le rêve.
Et quel est le résultat de cette démarche ?
Promiscuité, perversions sexuelles diverses, drogues, violence. Il n’y a jamais eu autant de frontières invisibles, depuis que celles du réel ont été aplaties sous les bulldozer de la soit disant « ouverture ». Maintenant, c’est corps contre corps, homme contre animal, opinion contre opinion, vide contre vide.
Tout cordon sanitaire est imprudemment démantelé. Les ethnies et les races se confondent dans un affreux mélange sensé éradiquer les particularités, les individualités, les racines familiales, religieuses et culturelles. N’est plus que toléré ce qui est infiniment ressemblant à tout le monde. Or, puisque « tout le monde » est un concept abstrait qui n’existe pas dans la réalité, l’homme moderne finit par ne ressembler à rien.
Or, ce rien, c’est précisément le néant de la pensée unique, dite « moderne », qui s’emploie à amplifier l’étendue d’un énorme labyrinthe de formes pour submerger les quelques îlots de sens, de signification. Une marée d’images virtuelles cherche à noyer les contenus. Le débat est devenu fictif, car ce que nous voyons s’affronter, dans le paysage médiatique, pour offrir au public un semblant de jeux du cirque, ne sont que des coquilles vides, des façades construites par la fatuité de gens qui ont érigé l’égalitarisme en dogme absolu. Ainsi, les idées sombrent, le marais du prêt à penser pénètre les cerveaux pour les engluer, les empêtrer et donc les empêcher de réagir.
La liberté de penser, dans ce contexte, se limite à réfléchir selon des catégories entendues, sur la base d’images, de formes, de concepts préfabriqués. Ainsi, Harry Potter prend en otage les rêves de notre jeunesse, le « Blick » règlemente le cadre de notre voyeurisme et l’industrie pornographique celui de nos perversions. Tout ça organisé par des individus prétendant faire tomber les limites ! Alors qu’insidieusement ils en érigent d’autres, invisibles, beaucoup plus efficaces, pour tenir les consciences en laisse.
Car le pouvoir n’est qu’un concept suranné face à la griserie absolue que représente le contrôle. Inutile de construire des prisons où le désir de liberté ne fait que grandir, alors que le labyrinthe permet de faire oublier aux gens qu’ils ne sont pas libres en leur offrant des pseudo choix à chaque carrefour.
Oublié, le sentiment d’emprisonnement !
Dépassé, le désir d’évasion !
Car l’évasion a été intégrée au système lui-même. La liberté y est incluse, prévue, aménagée. Inutile d’aller voir ailleurs. Tout est dans le système. Voilà pourquoi O’Brian, dans « 1984 » de George Orwell peut affirmer, sans mentir, que l’esclavage, c’est la liberté. Il suffit simplement, pour cela, de s’entendre sur les formes et la manière.
Cependant, l’homme moderne ayant oublié que la liberté, ce n’est pas l’absence de limites, mais le libre choix de ses contraintes, on lui fait croire à de grands espaces, à des possibilités illimitées à l’intérieur d’un champ d’action de plus en plus vaste. Or, ce qui grandit, c’est l’étendue du labyrinthe, pas la liberté. Car la liberté n’est en rien liée à l’étendue d’un espace. Pourtant, c’est ce que les mondialistes veulent nous faire croire. Ils nous disent que la Suisse est une prison, parce qu’elle est petite, et que l’UE est un espace de liberté, parce qu’elle est vaste. Quelle aberration ! Aberration due au fait qu’on a voulu éliminer les frontières sans se demander ce qu’il y avait à l’intérieur. Or, la frontière, si elle est prison, lorsqu’elle ceint goulag et stalag, est protection et garant de progrès lorsqu’elle enveloppe un espace de liberté où règnent démocratie directe, fédéralisme et souveraineté.
C’est le cas pour notre pays. Les frontières sont encore, malgré leur fragilité grandissante, les garantes d’un système politique unique au monde à l’intérieur duquel le citoyen jouit d’un pouvoir de codécision exceptionnel. En faisant tomber les frontières, nous projetterions la Suisse à l’intérieur d’un espace antidémocratique, néolibéral, liberticide. Cette soi disant ouverture serait payée par la perte de droits démocratiques élémentaires. Le fédéralisme et la solidarité inter cantonale seraient remplacés, dans des domaines essentiels, par un centralisme outrancier. A la place d’un espace contrôlable, clairement défini et humainement gérable, on se retrouverait à l’intérieur d’une entité pléthorique par le nombre des individus et nations la constituant et incontrôlable au niveau de ses frontières extérieures.
Or, sans limites, pas de sécurité !
Sans sécurité, pas de liberté !
Sans espace défini autour d’un paysage émotionnel, pas de racines et d’identité !
Mais c’est justement cette perte d’identité que veut obtenir l’alliance entre une gauche internationaliste en manque de batailles et une droite ultralibérale cherchant à asseoir définitivement son corporatisme planétaire destiné à remplacer les Etats nation et leur organisation politique.
Si les premiers veulent couper racines et identité, c’est qu’ils cherchent encore et toujours à créer l’homme nouveau en utilisant pour cela, dans la phase intermédiaire entre la situation actuelle et l’ordre nouveau, ce que j’appellerai la dictature douce de l’art et des médias dévoyés, du social érigé en temple du bonheur, de l’école de la « désinstruction » qui met tout le monde au même niveau … celui des pâquerettes.
Les seconds, à vocation multinationale et purement financière, voient la possibilité, dans la chute des frontières, d’écarter tout écueil, tout obstacle au règne de l’utilitarisme absolu. Ils pourront enfin déplacer des forces de travail dociles et abruties, maximiser le capital économique humain, optimiser les comportements. L’homme ne sera pas plus heureux, dans ce « brave new world » de la production démultipliée, mais il sera tellement plus efficace.
Ces deux forces se sont alliées, depuis quelque temps, car elles ont compris que la déresponsabilisation des individus, la scolarisation dès l’an zéro, qui soustrait les enfants le plus tôt possible à l’influence des parents pour les soumettre au doux ronron du politiquement correct, que la chute des frontières, le nivellement des valeurs, la perversion du langage et la remise en question « couchepinienne » de la démocratie directe sont des armes idéales pour permettre à une petite clique de « Bilderberger » de gouverner le monde au nez et à la barbe des nations.
Voilà la raison du « melting pot » multi culturaliste qu’on tente de nous vendre comme étant le plus beau fleuron de la solidarité et de l’ouverture. Or, ce modèle se fait au détriment de l’identité, il exige le reniement de soi-même, l’aliénation de l’homme. Les buts des deux mouvements ne sont qu’apparemment contradictoires, car les deux visent la déshumanisation de l’homme, son instrumentalisation au nom d’un modèle idéologique. Matérialistes athées, les uns comme les autres, les tenants des deux bords prétendent faire le bonheur de l’homme par la contrainte. Les socialistes le situant dans l’égalitarisme le plus total, les autres dans la soumission à l’efficacité économique. La position schizophrène actuelle de la gauche, qui se trouve déchirée entre son dogme internationaliste et la défense de ses membres ouvriers démontre cette dérive. Pour les économistes multinationaux, le problème est moins aigu, car le grand capital a survécu à tous les bouleversements en composant avec les puissants du moment.
Pour nous protéger de ces dérives, il n’existe qu’une alternative : l’Etat nation confinant un Etat de droit qui est le résultat d’une histoire, d’une longue gestation. Seul ce genre de système est porté par le peuple, seul ce genre de système permet, à celui-ci, une identification réelle et lui garantit véritablement les droits accordés virtuellement sur le papier.
L’espace Schengen est un espace d’insécurité qui verra bientôt les riches mieux protégés que les pauvres, car ils en ont les moyens. Or, toute liberté définie dans la loi n’est qu’un leurre, si les citoyens subissent des agressions physiques, voient leur maison partir en flammes, n’osent plus, ni s’exprimer, ni sortir de leur cocon, de peur d’être punis pour cette témérité.
En reniant notre identité, en acceptant de voir peu à peu les fondements de notre Etat souverain être grignotés par des obligations supranationales, nous acceptons implicitement la perte d’une part de nous-mêmes par le déracinement, le nivellement, la standardisation, la mondialisation des valeurs, des images et de la pensée, pour ce qu’il en reste.
Or, la question identitaire, seule l’UDC ose la poser aujourd’hui en Suisse. Face à l’offensive généralisée du « socialo-libéralisme » visant à faire tomber valeurs immuables, hiérarchie, famille et autres repères, elle est bien seule à tenter d’endiguer le désert grandissant dont Nietzsche craignait l’avènement.
« Die Wüste wächst! Wehe dem, der Wüsten birgt! (le désert grandit! Gare à celui qui renferme des déserts !) “ écrivait-il. Ailleurs, il se demandait quels jeux sacrés nous allions devoir inventer pour compenser la mort de Dieu, vers quels abîmes chutait une terre déchaînée de son soleil.
La réponse est claire : Le monde tombe dans le vide le plus absolu, vide d’autant plus cruel et insidieux qu’il regorge de matière. Ainsi, l’amour qui s’achète n’est plus de l’amour, l’art commercial n’est plus un art, le rêve manufacturé n’est plus un rêve. Les formes se démultiplient, telles les cellules d’un cancer universel, sans parvenir, néanmoins, à remplir le gouffre béant, le vide absolu que la folie de l’homme Dieu veut combler par toujours plus de matière. Et lorsque la matière ne suffit plus, il la compense par son reflet dans les multiples miroirs du monde virtuel. Mais tout cela n’est qu’artifice et illusion. Lorsque les projecteurs s’éteignent et les sens s’émoussent, il ne reste que l’horrible solitude de l’être face au néant.
Oh, ce n’est pas que l’Etat Nation serait la solution à tous les problèmes. Il ne s’arroge pas le pouvoir de rendre heureux, il connaît ses propres soubresauts, souffre de divers maux, mais il est la première ligne de défense de ceux qui préfèrent leur individualité, le caractère unique et irremplaçable de leur être à la promiscuité universelle de l’éternel même. Déjà, les objets ont été violés dans leur unicité.
Rilke l’exprime par son soupir poétique à propos des choses de ce monde :
„Vous les touchez, ils restent muets!
Vous me tuez tous les objets!“
Faut-il que l’homme subisse le même destin ?
Que les cultures, les différences, les particularismes disparaissent parce qu’on n’a pas su défendre les frontières nationales ?
Que les corps se collent aux corps, violant cette frontière invisible entre les hommes qui, seule, est à même de garantir leur dignité ?
Faites tomber les frontières et vous faites tomber l’humain. Car la liberté ne saurait s’exprimer que dans certaines limites maintenues par la volonté de toujours considérer l’être comme une fin en soi et non un moyen.
Ce qui m’interdit de prendre le contrôle de l’autre, c’est une frontière.
Ce qui empêche le grand de manger le petit, c’est une limite.
Ce qui garantit l’intimité, ce sont certaines barrières.
Cependant, une clique d’idéologues mondialistes voudrait faire tomber ces frontières qui protègent les petits en leur donnant le droit de sanctionner démocratiquement la classe politique par les urnes lorsqu’elle a tendance à les oublier. Ces mêmes forces provoquent une détérioration systématique de la situation économique en Suisse pour mieux brandir l’Eldorado de l’UE comme solution finale. Or, quand on sait que l’introduction de l’Euro a provoqué une perte du pouvoir d’achat de 20% pour le simple pékin eurocompatible, on se met à douter. Voilà pourquoi tous ceux qui ont suivi l’UDC lors des votations ont intérêt à faire le pas aussi lors des élections à venir !
Car derrière le débat sur Schengen/Dublin et le libre passage des frontières, il y a un enjeu bien plus important. Il s’agit d’un enjeu de portée universelle, d’une certaine idée de ce que sont un individu, un pays, une culture et quelles doivent être leurs rapports.
Le projet de la grande Europe veut faire l’économie de la question embarrassante des identités. Elle croit pouvoir prescrire depuis le haut ce qui est bon pour le citoyen sans prendre en compte la dimension spirituelle de l’homme. Voilà pourquoi ce projet est voué à l’échec comme tant d’autres projets de ce type qui ont émaillé le cours de l’histoire.
Si nous adhérons à l’insécurité de Schengen, à l’illusion de Dublin et à la forfaiture de l’extension du libre passage des personnes, nous enlevons, en partie, sa raison d’être à notre pays. Nous trahissons sept siècles d’histoire, coupons des racines, détruisons des équilibres patiemment établis. Tout ça pour déléguer notre sécurité à quelques uniformes dépenaillés opérant dans le désert des tartares.
Déléguer sa responsabilité, c’est abdiquer et faire courir aux citoyens des risques inconsidérés.
Remplacer le Bon Dieu par les pompiers du nouvel ordre mondial, c’est préparer la prochaine guerre.
Echanger son identité contre un visa Schengen, c’est brader son souffle spirituel pour du vent.
Enlever leur raison d’être aux frontières, c’est se perdre dans le néant.
Renier son histoire, c’est se priver d’un futur.
Chers auditeurs, citoyens comme moi d’un espace certes petit, mais ouvert, d’un pays exigu, mais libre, si nous perdons les votations de Schengen/Dublin et de l’extension du libre passage, il ne restera plus grand-chose à défendre dans ce pays et nos adversaires auront beau jeu de dire que puisqu’on y est déjà de facto, dans l’UE, autant y être aussi de jure en y adhérant.
Car voilà l’enjeu réel de tout le micmac au parlement, de la précipitation lors des débats, des délais amputés : C’est l’adhésion à l’UE ! Or, pour un pays comme la Suisse, sans frontières naturelles, multi ethnique, construit uniquement sur la volonté de ses habitants de former une entité politique, cette adhésion équivaut à une dissolution, tant les forces centrifuges seront grandes. L’enjeu, c’est donc l’existence même de la Suisse, la pérennité d’une expérience unique au monde et la continuation d’une histoire à nulle autre pareille. L’enjeu, c’est une autre vision de la politique.
Au mois de juin et en septembre, nous irons au combat, peut-être pour la dernière fois, pour la dignité et la liberté d’un peuple libre.
En cas d’échec, les pages du futur s’écriront à Bruxelles.
En cas de victoire, elles continueront à l’être dans notre pays, nos cantons, nos communes, nos familles et nos cœurs !
Oskar Freysinger
Conseiller national